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Des histoires de chats

Avant-propos

Nous ne savons rien de la vie d'avant de tous ces chats ou chatons que nous recueillons. Nous savons seulement qu'ils ont été abandonnés.
Certains sont jetés par la portière d'une voiture directement sur la chaussée d'une voie à grande circulation (rocade Alès par exemple) ou en campagne.
Certains finissent à la poubelle, dans des sacs en plastiques bien fermés, dans les égouts, dans des trous très profonds.
D'autres se retrouvent ligotés à un arbre en pleine forêt, laissés à leur triste sort, sans eau ni nourriture dans l'espoir qu'un animal sauvage vienne faire un festin…
Certaines personnes, manifestement plus scrupuleuses les laissent dans un panier devant la porte d'un membre de Barricat's.

Tous ces chats sont traumatisés par ces actes barbares d'abandon. Ils en garderont des séquelles toute leur vie. C'est aussi pour cela que, à Barricat's, nous avons une grande exigence avant de les confier à une famille adoptive.

Comme nous, les chats ressentent de la joie, de la peine, de la peur, de l'amour, de la colère, de la frustration etc. … Ce ne sont pas des objets que l'on achète, qu'on échange au gré de nos envies du moment.

A partir des faits connus, en l'occurrence les circonstances de leur abandon, qui sont bien réelles, j'essaie d'imaginer quelle vie ils ont pu avoir avant ce drame. L'abandon est toujours un drame pour celui qui le vit. Je prends le parti-pris de leur donner la parole pour que d'aucun comprenne que, comme nous, les chats éprouvent des émotions.

Une vie ça se respecte.

Corinne T

Le jour où ma vie a basculé

Opale
Opale
Opale

Aujourd'hui c'est mercredi et je ne sais pas pourquoi mes humains sont surexcités comme ça. Ils hurlent. Le père crie après la mère qui crie après le père ; tous les 2 crient après Kevin et Kelly, leurs enfants et eux même crient et hurlent après je ne sais qui ou quoi. Je ne comprends pas ce qu'ils disent, j'ai peur et je suis parti me cacher sous le lit.
Je n'aime pas quand ils crient comme ça, ils me stressent, puis je ne suis pas bien, je suis agressif, je pleure.
Mais ça ils s'en foutent. Si vous voyiez comment ils se parlent, comment ils se comportent entre eux, vous comprendriez très vite que je ne suis même pas le cadet de leurs soucis.
Bref, ce mercredi matin, personne n'est à la fête dans cette maison.


Midi sonne à la cloche de l'église, les esprits sont toujours échauffés. Moi, j'ai quelques croquettes dans ma gamelle que je mange goulument avant que l'on ne pousse hors de la cuisine. Je n'ai rien mangé de tout le matin, je suis affamé ! Eux je les voies manger des chips, des biscuits et autres knackies, boire de la bière pour les parents et du Coca pour les enfants. Ce sont quelques échanges d'incivilités qu'ils s'échangent pendant ce moment qui devrait être un repas.


C'est dans l'après-midi qu'ils m'ont mis dans la voiture. Je pensais qu'on allait faire une ballade. Finalement, je crois que j'étais content.
La voiture a démarré en trombe. Oh là, oh là, doucement, je ne suis pas attaché moi ni même dans une cage. Décidemment rien dans leur tête, à moins que ce ne soit la bière.
On a roulé à vive allure dans la rue, j'avais peur qu'on ait un accident. Au niveau de l'usine de palettes, la voiture a ralenti, j'ai cru que le chauffeur revenait à de meilleures dispositions. D'un seul coup, tout d'un seul, alors que je ne m'y attendais pas, quelqu'un m'a saisi, a ouvert la portière, alors que la voiture roulait, et m'a jeté dehors.


Je n'ai rien compris de ce qu'il m'arrivait. J'ai juste vu la voiture accélérer et continuer son chemin, tout en valdinguant sur un talus. KO.
J'étais complètement sonné. Tout mon corps me faisait mal, je n'avais même pas la force de miauler pour appeler au secours. Je tentais d'ouvrir les yeux et reprendre mes esprits quand j'ai vu une ombre s'approchée de moi. J'ai cru que mes humains revenaient me chercher. Des mains délicates m'ont soulevé et je me suis retrouvé enveloppé dans des bras chaleureux. Je ne reconnaissais pas l'odeur. Je ne savais pas qui venait de me recueillir. Je me souviens avoir gémi à peine. Mais la douceur et la chaleur qui se dégageait de cette personne m'ont sécurisé et je suis parti avec elle.


Je suis resté là, blotti contre elle tout le long du chemin qui nous conduisait chez elle. Sa Maman lui a permis de me déposer sur son grand lit. Je me suis endormi. Les émotions du jour étaient trop fortes.


A mon réveil, j'ai fait la connaissance des 3 autres chats de la maison. Ici tout le monde était accueillant. Je me suis tout de suite senti en confiance et je me suis abandonné sans retenu aux caresses de Claire, la maman, Angie et Viola mon ange gardien dorénavant.


Le lendemain, Xénia, la dame de Barricat's m'a emmené chez le Docteur. Olivier Molko il s'appelle. Qu'il est gentil ce docteur ! Il m'a bien examiné. C'était la première fois que je voyais un docteur. Il a rassuré tout le monde mais il a dit que j'avais beaucoup, beaucoup de stress. Il pense que je vais vers 7 mois. Tu crois que c'est à cause de mon âge que ces humains se sont débarrassés de moi, suis-je devenu trop vieux et je ne les amuse plus ? Petit chaton devient grand, pour autant ne suis-je pas toujours aussi mignon ? Toi tu en penses quoi ? Tu crois que pour eux je ne suis pas plus qu'un simple mouchoir de papier qu'on prend et qu'on jette comme ça ? Moi je ne sais pas et ne saurais jamais ce qui les a motivé ni à me prendre ni à me jeter.


Demain, vendredi, le docteur Molko me retire mes bijoux de famille. Ce n'est pas que je ne voudrai pas être père, mais je ne pourrai pas assumer toute la descendance que je pourrais engendrer. Je suis un être responsable. Tu te vois toi en 4 ans avoir une descendance de 27 400 enfants ? Non ? Moi non plus.
Finalement, aussi dure qu'ait été cette expérience, je crois que j'ai beaucoup de chance, je vois maintenant
une nouvelle vie qui s'ouvre à moi.

Opale

Moi Sissi ou l’histoire d’un abandon

Sissi

8 jours. Enfin c’est ce qu’il me semble. Autant dire une éternité. …

Voilà 8 jours au-moins que je traine dans les rues, sans but. 8 jours au-moins que je n’ai presque rien mangé, 8 jours au-moins que je dors à la belle étoile, essayant chaque jour de me trouver un abri de fortune. J’ai faim, j’ai froid, je suis fatiguée. Fatiguée de marcher, fatiguée de pleurer et, d’errer. Je suis seule maintenant. Je suis triste et tout le monde s’en fout.

A peine sevrée, j’ai été enlevée à ma mère. Qu’elle était belle « maman ». Rousse, poils ras, yeux verts. La plus belle minette du quartier. Mon père lui était un bel angora, noir aux yeux dorés. Je ne l’ai même pas connu. C’est ainsi chez les chats, ce sont les mères qui élèvent seules leurs petits. Il paraît qu’il était un vrai titi parisien ; venu en vacances dans le sud avec ses humains. A leur 1ère rencontre ils sont tombés en amour et 10 semaines plus tard une jolie petite rousse à poils longs et yeux dorés est née. C’était moi !

L’humain qui m’a adoptée était un monsieur qui, du haut de mes 2 mois, me paraissait âgé. Il était gentil avec moi et je peux dire que ma vie sans être palpitante ni extraordinaire a été simple et par certains côtés confortable.
Mon enfance, tout comme le reste de ma vie a été solitaire. Ce qui n’a pas été un problème à l’âge adulte car comme pour tous les chats cette vie solitaire et tranquille était plutôt faite pour me plaire. Nous avons vécu l’un avec l’autre, l’un à côté de l’autre en toute quiétude.

L’humain avec qui je vivais depuis mes 2 mois est décédé. 12 ans de vie commune. Dans une vie de chat, 12 ans c’est déjà pas mal. Quand il s’en est allé, personne n’a voulu de moi. J’ai été mise à la porte de chez moi sans ménagement. Cette famille qui me faisait des fêtes à chacune de ses visites, qui me trouvait douce, gentille, toutes ces personnes m’ont jetée à la rue, sans un regard de compassion, sans pitié. J’ai essayé d’aller chez les voisins qui avaient l’air si gentils lorsqu’ils venaient à la maison. Un à un, tous ces gens m’ont tourné le dos, fermé la porte au nez, me poussant encore plus dans la rue.
La rue, cet univers si hostile. Comment fait-on pour y survivre. Je n’ai ni les clés ni les codes pour vivre ainsi. Aller mendier nourriture et un peu d’attention ?! Non ça jamais. J’ai ma dignité tout de même. Mais la rue ne laisse pas de place pour ce genre de tergiversation et l’instinct de survie prend rapidement le dessus, me conduisant inconsciemment vers un point de nourrissage pour chats errants.
Se frayer un chemin jusqu’aux gamelles. Plus facile à dire qu’à faire. Je ne fais pas le poids face à ces gros mâles et femelles, qui, cabossés par la vie connaissent toutes les ruses et n’hésitent pas à jouer des pattes et des griffes, mordant violemment parfois, tous ceux qui tenteraient de leur résister. C’est ainsi que j’ai été prise à partie par le gang de la Clarté. Des matous à la vie dure, œil crevé, oreilles en dentelle. Ils ont eu vite fait de me mettre au tapis.
Totalement chamboulée, j’étais physiquement là mais mon esprit était ailleurs, absent. J’étais dans une confusion la plus totale.
Je me souviens qu’une humaine s’est approchée et m’a donné à manger. La peur m’avait envahie. J’avalais difficilement. Le sentiment de ne plus pouvoir trouver ni repos ni répit grandissait en moi. Tout en moi était douloureux comme si j’étais passée sous un rouleau compresseur.
Après cet épisode, j’ai perdu toute notion de temps, je ne sais plus qui je suis. J’essaie de survivre dans ce qui est pour moi une jungle. Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour je vivrais une telle épreuve.
J’ai été capturée par des humains. Je n’ai pas compris ce qu’il se passait, ni ce qu’il m’arrivait. Je crois bien que j’étais dans ce que l’on appelle un état de choc. Je sais que j’ai été mise en cage. Combien de temps je suis restée ? Je l’ignore. J’étais nourrie, câlinée aussi de temps en temps, mais en cage. Et ce n’est ni la douceur, ni la chaleur d’une maison. Retrouverai-je un jour un foyer accueillant et aimant ? Pourquoi étais-je en cage ? Assaillie par tant de questions auxquelles je ne pouvais répondre, j’étais prostrée.
Un jour une humaine est venue me voir. La cage était ouverte et elle me parlait, calmement avec beaucoup de douceur dans la voix. Elle n’a pas essayé de m’attraper. Elle a attendu que je la regarde pour me caresser. Puis elle m’a dit : « Si tu veux de moi alors moi aussi je veux de toi. » Elle est reparti sans moi je devais voir le vétérinaire avant l’adoption. Quelques jours plus tard, après ma visite chez le Doc, c’est chez elle que je suis rentrée. Chaque jour, nous apprenons à nous connaître. Après une semaine, j’ai vraiment le sentiment que j’ai retrouvé ici la douceur et la chaleur d’un foyer.

Sissi T

Sissi, ma douce Sissi,

Sissi1
Sissi2
Sissi3

Je me souviens encore de la joie que j’ai ressentie le jour où tu es arrivée à la maison. C'était le vendredi 15 octobre 2021.

Il aura bien fallu attendre … quoi, 5 minutes avant que tu ne viennes pour me faire un câlin. Et quel câlin ! Très vite tu as pris tes marques dans la maison.

Je me souviens de la première nuit, tu es venue sur mon lit, tu t’es couchée près de moi, a posé ta petite tête dans mon cou et tu n’as plus bougé jusqu’au lendemain matin. Du reste moi non plus tant j’avais peur de te réveiller !
Le véto dit que tu as entre 14 et 17 ans. Que m’importe ton âge, tu vas voir ; on va se faire une belle vie toutes les 2.

Mais très vite, en te regardant, j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Je trouvais que tu buvais beaucoup, puis surtout cette mauvaise haleine, odeur très particulière, ce qui m’a le plus inquiété c’est quand je t’ai entendu grincer des dents. Alors, j’ai pris rendez-vous chez ma véto préférée, Dr Oriane M. Je voulais absolument que ce soit elle qui te voit. J’aime son approche avec les chats, ses compétences, ses qualités humaines. RV est donc pris. Et là, le verdict tombe : insuffisance rénale à un stade avancé. Traitement par cachets, nourriture adaptée, contrôle dans une semaine.
Nous revoilà avec le Dr Oriane M qui refait des analyses. Mauvaise nouvelle : malgré le traitement, les résultats se sont aggravés. Il n’y a plus rien à faire, seulement t’accompagner du mieux possible.

De tous les chats que j’ai eu, il s’est passée avec toi quelque chose que je n’avais jamais vécu avec mes autres chats et ne je ne sais pas si je vivrais cela à nouveau avec un autre animal. Sissi, j’avais l’impression que nous avions un dialogue télépathique, extra-sensoriel, je ne sais pas comment le qualifier. Mais ce dont je suis sûre c’est que nous nous comprenions parfaitement et que nous savions l’une et l’autre ce que nous pensions. C’était notre langage, notre façon de communiquer. Nous avons développé toutes les deux une relation extraordinaire, en très peu de temps. Ce temps qui nous était compté. Ce temps qui t’était compté.

Grâce au Dr Oriane M, j’ai pu tenter tout ce qu’il était possible de tenter sans tomber dans de l’acharnement thérapeutique. Mon souci était de savoir quand il faudrait s’arrêter, quand il faudrait que je prenne cette décision que je redoutais tant. Et c’est toi Sissi qui m’a dit que le moment était venu ; le jour où je suis revenue de la clinique. J’étais allée chercher ton médicament. Lorsque je me suis approchée de toi pour te faire cette piqûre, tu m’as regardé et là j’ai compris que tu me disais : " Stop ! Maintenant on arrête, ça suffit". Je ne t'ai pas fait la piqûre.

C'était quelques jours avant noël. Je pensais que je devrais te faire euthanasier avant cette foutue fête. D'un seul coup, je t'ai vu retrouver l'appétit, tu ne vomissais plus. Le miracle de noël existe vraiment, nous l'avons vécu toutes les deux. Mais quelques jours après, ton état s'est dégradé. Et le 3 janvier 2022, à 9h30, tu t'es endormie pour la dernière fois dans mes bras.

Corinne T